Mes récrés du mercredi

Le mercredi est le seul jour où je n’ai pas mon élève aux troubles autistiques, occupé à l’ITTAC, le centre médico psychologique. On pourrait se dire que c’est le seul jour où je pourrais surveiller la cour sans courir dans tous les sens, inventer des stratagèmes avec Sandra, ma merveilleuse Accompagnante des Élèves en Situation de Handicap pour qu’il accepte de nous suivre, remplir des arrosoirs, vérifier que les autres élèves ne lui font pas mal ou qu’il ne leur fasse pas mal à coups d’essais de copinage pas toujours réussis.

On pourrait penser que ce serait une récréation « pour moi », pour papoter avec les collègues en surveillant la partie de foot ou en réglant les petits problèmes « classiques ».

Et bien non ! Le mercredi, J., A., M. et les deux L. m’attendent, me sourient, m’assoient, J mime encore et encore la même chose avec les feuilles mortes qui ont échappé à Roberto, A. et L. me donnent des coups de coude et des coups de sourires quand il faut applaudir, M. et L. se battent pour être à côté de A., me piquent mon carnet mémoire qui ne doit jamais me quitter, surtout pas le mercredi, me font des dessins ou peut être des lettres, enfin des jolies choses avec notre feutre préféré. C’est ensuite le moment où je me relève en leur disant que je dois surveiller les autres enfants, celui où J. me parle de ma robe qui ne va pas avec mes chaussures et me rassoit. A. et L. posent leur main sur mes épaules et rigolent, tout va bien maîtresse Cathy, tout est en ordre ! Bientôt la sonnerie retentira, M. et L. rejoindront leur classe de CE1 et les trois autres retrouveront leur classe externalisée, celle qui leur permet de naviguer entre leur établissement médico-social et notre école Antonin Perrin.

Aujourd’hui, M a innové. Il a lu à A. une fiche de son [o] tombée d’un cahier de CP, une fiche froissée trouvée par terre, un trésor pour tous les deux. J’ai frissonné, j’ai pensé à cet arbre qui perd ses feuilles toute l’année et fait grogner notre gardien, j’ai pensé au temps qui passe, à mes 18 ans de carrière et je me suis dit en souriant à J. que j’avais encore beaucoup à apprendre.